“The Game” de David Fincher, un hommage à Hitchcock ?
Et si, davantage qu’un grand film sous influence, The Game de David Fincher était une compilation hitchcockienne ?
Nicholas Van Orton. Le nom vous dit quelque chose ? Normal : ramené à sa plus simple expression – Van O. – l’on obtient un mélange de O. Thornhill et de Vandamm, le gentil (Cary Grant) et le méchant (James Mason) de La Mort aux trousses (1959). Un amalgame douteux ? Pas tant que ça, lorsqu’on se pique de comparer The Game de David Fincher au chef-d’œuvre d’Hitchcock : même thématique, celui de l’innocent pris dans un jeu de rôle plus grand que nature et qui le dépasse. Même principe narratif, soit une suite de morceaux de bravoure enchaînés tambour battant. Même blonde à double facette (Deborah Unger ici, Eva Marie Saint là). Même tentative de meurtre à la voiture folle. Mêmes films enfin, pourrait-on commencer à croire. Et pourtant, pas du tout.
Au-delà d’évidentes différences stylistiques, pas la même manière de traiter son héros. Anti-héros chez Hitchcock par son ingénuité ; anti-héros chez Fincher par, au contraire, tout le trouble qu’il véhicule. Van O. (Michael Douglas), on l’a vu, est marqué au fer d’une identité hybride. Derrière la noblesse du nom, c’est un “saigneur” impitoyable de la finance, patron d’un empire que lui a légué son père. Un père que le petit Nicholas, à peine ado, aura vu sauter dans le vide. Et voir sa figure paternelle faire la grande culbute, forcément, ça traumatise.
Aussi, on ne s’étonnera pas, en début de partie, de trouver un Van Orton taciturne. Enfermé dans le luxe tout cuir et toutes boiseries de sa villa. Seul et groggy. Comme le Scottie de Vertigo (1958) après le plongeon de Madeleine. Cette histoire-ci, on la connaît : pour se guérir complètement de sa psychose, Scottie (James Stewart) devra exorciser la tragédie primitive en la refaisant jouer par Judy/Madeleine/Kim Novak. Une histoire qui se répète - et que répète à son tour Nicholas Van Orton, passant, en bon imitateur de feu son géniteur, par-dessus la rambarde, traversant littéralement le miroir pour achever de crever son cocon de prostration.
La chute - des toits de San Francisco (Vertigo), du toit de la maison familiale (The Game) – est l’étincelle qui, chez l’un comme chez l’autre, met le feu aux poudres de la fiction. Une fiction qu’elle alimente régulièrement en revenant en boucle, en rêves psychédéliques ou en super 8 amateur. Et qu’elle conclut. Beaucoup, à sa sortie en 1997, ont pris un malin plaisir de descendre en flammes le métrage de David Fincher. Son salut et sa réhabilitation en tant qu’œuvre culte devaient certainement en passer par là.








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4 Réponses à ““The Game” de David Fincher, un hommage à Hitchcock ?”
Entre Alien, The Game, S7ven et Fight Club, il semble que le thème favori de Fincher soit la manipulation. Dans tous les films cités ci-dessu, ce thème est au coeur du scénario.
The Game en est certainement l’exemple le plus parlant. Reste à voir Benjamin Button pour vérifier que Fincher aime toujours jouer avec le spectateur.
très bel article. TCM n’est pas encore une grande chaîne de cinéma, mais aussi un site web formidable. Bravo !
merci pour cette analyse, ca donne envie de revoir le film et de se faire sa prope opinion!
Je suis un inconditionnel des films d’Hitchcock et ce parallèle entre “La mort aux trousses” et “The Game” ne m’étonne en rien. Ces deux films sont de véritables perles qu’on ne se lasse pas de regarder (près d’une dizaine de fois chacun pour ma part) de par leur scénario ciselé.
Dans ces deux films, le héro est balloté de manipulation en manipulation, broyé par une machination infernale, jusqu’au point de perdre tous ses repères. “The Game” est un film envoutant et trop méconnu alors que sa place est à côté des films cultes d’Hitchcock.
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