“LOLITA” DE STANLEY KUBRICK
Humbert est un homme mûr, mais Humbert est attiré par les nymphettes : il y a donc un Humbert de trop dans le corps de Humbert Humbert. Oui, mais lequel ?
- Mardi 3 Mars 2009 - 20:45
- Samedi 7 Mars 2009 - 06:45
- Vendredi 13 Mars 2009 - 07:25
“Coupable !” C’est - à peu près - sur cette parole, clamée par Humbert Humbert (James Mason) tandis qu’il pénètre dans la demeure de Clare Quilty (Peter Sellers), que s’ouvre Lolita. En anglais, “coupable” se traduit effectivement “guilty”. Aussi, pour peu sensible que l’on ait l’ouïe… Evidemment, Stanley Kubrick, qui n’aime rien tant que jouer avec les mots (ceux de la novlangue d’Orange Mécanique comme ceux, pesés et concis, du Hal de 2001 : L’Odyssée de l’espace), par ailleurs maître de ses films jusque dans le moindre détail, a calculé son coup. Avant même qu’on l’ait vu commettre le moindre crime, Humbert Humbert est donc coupable. Coupable par nature, depuis, en fait, que Humbert s’appelle Humbert. Nom double, identité ambivalente : pouvait-il en être autrement ?
Humbert est donc Quilty. Ou plutôt, Quilty est l’émanation du désordre mental de Humbert. C’est – osons le mot psychanalytique - son “surmoi”. Tant que Humbert ne pose pas la main sur Lolita (Sue Lyon), ce surmoi est toute discrétion, traînant dans les parages d’un bal de fin d’année, ou sagement cloué à un mur de chambre, à vanter, muet, quelque marque de cigarettes. Mais que Humbert passe à l’acte, et Quilty, aussitôt, de rentrer en scène, agent de police, puis psychologue, incarnant tour à tour ces figures de l’autorité - judiciaire ou psychique - que, précisément, Humbert fuit. En vain. Traqué jusqu’au fin fond du désert américain, Humbert devrait se rendre à l’évidence : on ne peut échapper à soi-même.
Ce “soi-même”, il n’est donc d’autre solution que de le supprimer. Première tentative sur la personne de Charlotte Haze (Shelley Winters). Une véritable mère poule celle-là, obsédée à l’idée de le gaver de tartes aux cerises. Charlotte, envahissante, est surtout coupable d’être de cette génération – les adultes - à laquelle Humbert, sous ses grands airs de professeur, ne se sent pas appartenir. Humbert est homme mûr, mais Humbert ne rêve que de verdeurs adolescentes. Car lui-même, au fond, en possède l’âme - ainsi que les larmes, qu’il déverse sur le lit et dans la chambre de la jeune fille.
“Coupable !” C’est clairement sur cette parole que s’achève Lolita. Coupable d’avoir tué Quilty, coupable de s’être tué soi-même. Humbert a éliminé Humbert. Soit, mais lequel ? Le Humbert touché par la “tendresse enfantine” de Lolita, ou le Humbert excité au contraire par son “indicible vulgarité” ? Connaissant le goût pour la provocation du réalisateur d’Orange Mécanique, on peut légitimement penser que…








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Une réponse à ““LOLITA” DE STANLEY KUBRICK”
Tout le génie de Stanley Kubrick réside dans cette longue déchéance psychique. Lolita est un film très marqué par la symbolique : jeux de miroirs, de dédoublement et de masques ( Peter Sellers alias Quilty qui passe d’un rôle à l’autre à l’insu du personnage joué par James Mason )
L’adaptation du “Lolita” de Nabokov par Kubrick est une grande réussite à mettre en premier plan de la carrière du cinéaste et aussi aussi au palmarès des meilleurs adaptations.
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