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Expos
Article sur l'exposition J'en rêve, qui s'est tenue du 23 juin au 30 octobre 2005 à la Fondation Cartier
Chronique parue dans New Eden n°3 - juin 2005
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Article sur l'exposition Renoir/Renoir, qui, du 28 septembre 2005 au 09 janvier 2006, inaugura la nouvelle cinémathèque française

"Jean est le deuxième des trois enfants de Pierre-Auguste Renoir et d’Aline Charigot, épouse et modèle du peintre. Il est né en 1894" : comme porte d’entrée dans le monde des Renoir père-peintre et fils-filmeur, pas de tableau ni de photo, mais une classique épigraphe. Ces lettres noires sur le blanc des murs donnent pourtant la couleur de l’exposition, puisqu'elles introduisent non le cinéaste, mais le peintre. Les perspectives sont inversées, l'ombre est lumière. Et Lumière est ainsi faite sur l’intitulé de l’exposition : comprendre "Renoir par renoir".
D’accord. Mais lequel par lequel ? Jean par Pierre-Auguste, d’une part. D’où vient la figure du toréador Ramon (Riccardo Rioli) de l’extrait du Carosse d’or (1953) ? Peut-être bien d’Ambroise Vollard en costume de toréador, peinture tardive - 1917 - du maître impressionniste. Plus facile : l’origine de Jean Renoir/Octave en costume de chasse dans La règle du jeu (1939) ? Le portrait de Jean en chasseur (1910) réalisé par son père. Tout au long de la visite, le lien entre les deux artistes est ainsi révélé par méthode comparative : un extrait de film projeté à côté d’un tableau correspondant. Une disposition classique en diable, mais qui possède la vertu de faciliter la circulation bilatérale des influences. Pierre-Auguste par Jean, donc - ou comment les films du second font la lumière sur les toiles du premier, en devenant leurs hors-champs. Et l’on se plaît alors à imaginer que le sujet féminin d’Etude, torse et effet de soleil (1876) est parvenue à sa nudité champêtre dans les mêmes conditions que la Nénette (Catherine Rouvel) du Déjeuner sur l’herbe (1959). Lesquelles ? Ceci est une autre histoire...
Histoire d’achever cette impression de pénétration d’une œuvre dans l’autre, de rayonnement du père sur le fils (et vice-versa), les extraits filmiques ont été soigneusement choisis. Au terme d’un somptueux travelling arrière, celui du Carrosse d’or s’achève sur la figure du toréador, et, par extension, sur Ambroise Vollard. Inversement, c’est sur "Jean en chasseur" que s’ouvre la séquence projetée de La règle du jeu, prenant ainsi pour point de départ la peinture paternelle. Qu’il en parte ou qu’il y parvienne, l’univers de Jean ne cesse donc de tourner autour de celui de Pierre-Auguste, à la manière d’une œuvre satellitaire - "J’ai passé ma vie à tenter de déterminer l’influence de mon père sur moi." *, avouait le cinéaste à la fin de sa vie. On l’aura compris, le premier mérite de Renoir/Renoir est de bousculer cette donne, en repensant les rapports artistiques qui lient les deux génies.
* In Ma vie et mes films, Jean Renoir – Ed. Flammarion
Renoir / Renoir - 28/09/2005-09/01/2006 – Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy, Paris (13e)
Chronique écrite pour New Eden n°4 - septembre 2005