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Interview de l'acteur Jean-Christophe Bouvet, à l'occasion de son rôle de juré pour la 7e édition du Festival des Très Courts qui s'est déroulée à Paris, Forum des Images, du 22 au 24 avril 2005

JEAN-CHRISTOPHE BOUVET

Depuis près de quarante ans, il promène sa gueule sur les écrans français, sans jamais la ramener. Prototype de l'acteur que l'on connaît sans connaître, il a pourtant cotoyé les plus grands, de Godard à Pialat. Qui est Jean-Christophe Bouvet ?

Jean-Christophe Bouvet : Je travaille beaucoup avec la jeunesse, puisqu’on m’a vu dans des films comme Taxi 2, Taxi 3, La Cité de la peur - les jeunes dans la rue qui me croisent m’en récitent mes textes par cœur. Si je suis un peu connu du public français, je suis en revanche une "big star" pour les moins de trente ans, à cause de Taxi 2 qui a fait 12 millions d’entrées. En fait, je suis célèbre dans le monde entier. Les gens ne connaissent pas mon nom, mais connaissent ma gueule. Ce qui n’est déjà pas mal.

New Eden : Qu’est-ce qui vous a amené dans le milieu du cinéma ?

J.C.B. : J’ai d’abord couché. Couché du texte sur du papier, des images sur la pellicule. Ensuite, j’ai rencontré André Téchiné, qui m’a introduit dans tout le milieu parisien, où j’ai rencontré des réalisateurs qui m’ont fait travailler en tant qu’assistant–réalisateur, et d’autres en tant que comédiens. A 18 ans, j’ai donc commencé à travailler par-devant et par-derrière la caméra. Et j’ai continué jusqu’à aujourd’hui. Certes, le comédien a pris le dessus, mais je suis encore parfois réalisateur et auteur. Ça m’arrive dans quelques films, tel que La Machine (1977), de Paul Vecchiali, où j’ai co-écrit le scénario et écrit mes répliques. Pour sa dernière réalisation,1 Jean-Claude Biette s’était inspiré de mes dialogues. Dans Les Passagers (1999), de Jean-Claude Guiguet, il s’agit également de mon texte... J’aime participer à l’écriture des scénarios. Ce n’est pas une obligation où une condition pour moi, mais quand le réalisateur le souhaite, je le fais. Pour moi, les dialogues font partie du métier de comédien. Il faut toujours faire ce travail d’appropriation du texte quand on dit celui des autres, ce qui est toujours intéressant à faire. Mais quand c’est son propre texte, alors là, c’est une autre paire de manches.

N.E. : Où vous sentez-vous le plus à l’aise : derrière ou devant la caméra ?

J.C.B. : C’est égal. Quand je réalise, c’est simplement l’application de mes textes d’auteur. Je ne me considère pas comme un réalisateur professionnel. Je fais ça en dilettante. Mais comme je suis d’une nature dilettante, surtout derrière la caméra, je réalise pas mal de choses. Ceci dit, j’écris surtout. Et je suis d’abord comédien.

N.E. : Avez-vous un souvenir ou un tournage précis qui vous a marqué ?

J.C.B. : Oui, deux : l’enfer et le paradis. Le paradis, c’était avec Claude Chabrol.2 Et l’enfer, c’était bien sûr Sous le soleil de Satan (1987), de Maurice Pialat. Un film superbe, magnifique, mais un souvenir traumatisant. J’aime beaucoup le cinéma de Pialat, mais les rapports avec lui étaient très difficiles.

N.E. : Et avec André Téchiné ?

J.C.B. : J’ai été son assistant pendant les années 1970, sur son premier long-métrage, Paulina s’en va (1970), et puis sur des téléfilms qu’il a fait par la suite, Michel et Chantal 3 notamment. Ensuite, j’ai joué une petite prestation un peu courte, amicale, dans J’embrasse pas (1991). Mais je ne désespère pas de travailler avec lui bientôt, d’avoir un rôle important dans ses prochains films.

N.E. : Vous êtes actuellement sur le tournage du nouveau film de Sofia Coppola, Marie-Antoinette. Comment se passe-t-il ?

J.C.B. : Très bien. C’est Hollywood, et c’est vrai que ça a un côté agréable, parce qu’on bénéficie d’un traitement de star avec assistant personnel, voiture et chauffeur, garde du corps, loge individuelle... C’est une expérience amusante. Paraît-il que les rushs sont retransmis en direct à Los Angeles et à New York. C’est une usine gigantesque. Pourtant, la réalisatrice a l’air de faire un cinéma assez intimiste dans ce contexte industriel, en conservant son point de vue sensible, émotionnel de la femme qu’elle est, et qu’elle a déjà montré dans ses films précédents, Virgin Suicides (1999) et Lost in Translation (2003).

N.E. : Venons-en à votre rôle dans le jury du Festival des Très Courts. Quels ont été vos propres critères, et ceux du jury en général, pour déterminer les prix ?

J.C.B. : On est tous touchés par les mêmes choses : l’émotion et la capacité à en produire, les qualités artistiques et intellectuelles, éventuellement le discours. Avoir le culot de mettre en scène des comédiens, raconter une histoire. Et surtout, savoir développer une idée en trois minutes. Finalement, en si peu de temps, on s’aperçoit qu’on peut dire pas mal de choses. C’est l’avantage du format des très courts métrages : tout est dit en cent quatre-vingts secondes, et si c’est une merde, on ne se fait pas trop chier. On sait qu’on en a pour trois minutes, voire moins.

N.E. : En tant que réalisateur, ce format vous interpelle ?

J.C.B. : C’est un exercice de style, un format intéressant. J’aime bien la télévision, et c’est vrai qu’en prime time, avant le J.T., on peut imaginer des rendez-vous réguliers. Ça existe déjà – Un gars, une fille notamment. Je n’ai pas de préjugés sur les genres, je suis ouvert un peu à toutes les expériences. Et sur les durées, c’est pareil. Du moment qu’on est face à un produit et une réalisation de qualité, qu’importe le gabarit.

1 Saltimbank (2003)
2 Il fut d’abord son assistant à la réalisation pour la série télé Il était un musicien (1978-1979), puis comédien pour L’Ivresse du Pouvoir (2006)
3 Il s'agit en fait de Michel, l’enfant-roi, série télé datant de 1972 et co-réalisée par Téchiné, Jean-Paul Carrère et Jean-Claude de Nesle


Propos recueilli le 22/04/2005 pour New Eden