SOCIETE

Société

Article sur une possible réactivation de la liaison aérienne directe entre le Brésil et le Maroc

RIO-RABAT EN DIRECT



A l'occasion de son bilan du premier semestre, la Chambre de Commerce Arabe-Brésil a affirmé sa volonté de renforcer les liens touristiques entre les deux régions partenaires. Une annonce qui pourrait accélérer une reprise de la liaison aérienne entre le Maroc et le géant lusophone.

Amener le touriste arabe au Brésil, et le brésilien dans les pays arabes : telle est l'une des grandes missions que s'est donnée la Chambre de Commerce Arabe-Brésil, dévoilée le 15 juillet dernier à São Paulo lors de la présentation du bilan du premier semestre 2009 des activités commerciales entre les deux régions. Pour appuyer cette décision, Salim Taufic Schahin, Président de la CCAB, annonçait en sus la création d'un comité destiné à étudier le développement de relations touristiques bilatérales. Premières actions concrètes en novembre, avec la tenue de deux séminaires, l'un au Koweït (les 16 et 17), le second à Abou Dhabi, dans les Emirats Arabes Unis (les 18 et 19).

Cette volonté se situe dans la lignée de l'accord signé au début de l'année 2008 entre la Chambre de commerce et le Ministère du tourisme brésilien, afin, entre autres, de promouvoir le Brésil comme une destination touristique forte auprès des pays arabes. Accord qui, lui-même, faisait suite à l'ouverture de la ligne Dubaï-São Paulo opérée par Emirates Airlines en octobre 2007, et qui se solda par un énorme succès ; saluée comme la première ligne directe ouverte entre l'Amérique du Sud et le Moyen Orient, le vol apporta plus de Brésiliens vers Dubaï en deux mois qu'il n'en était venu auparavant en dix ans.

Face à cette réussite, qui vient confirmer le fort pouvoir d'attraction du monde arabe auprès de la population brésilienne et sud-américaine, le Maroc pourrait reprendre la liaison qu'elle entretenait avec le géant lusophone jusque dans les années 1990. « Royal Air Maroc est en train d'essayer de négocier un partenariat avec une société brésilienne, TAM ou GOL, afin de reprendre les vols », confirme José Francisco Gouvêa Vieira, consul honoraire du Royaume à Rio de Janeiro. Toutefois, le Maroc n'a pas attendu les Emirats pour entamer lesdites négociations. En novembre 2006 déjà, une délégation de la RAM s'était rendue au siège de la CCAB, afin de procéder à une évaluation du marché brésilien. En juin 2008, le sujet était remis sur le tapis lors d'une rencontre entre Ivan Ramalho, secrétaire du Ministère du développement au Brésil, et Abdellatif Maazouz, ministre marocain du commerce extérieur. Mais rien ne semblait en être sorti concrètement.

Visite de Lula au Maroc

Pourtant, à en croire M. Gouvêa Vieira, « les Brésiliens aiment bien visiter le Maroc, qui est devenu une destination très attractive ». En outre, créer une ligne directe entre les deux pays semble une évidence, tant l'un et l'autre se basent économiquement sur le secteur touristique. Côté Maroc, le tourisme est le pilier de l'industrie des services qui, à elle seule, assure la moitié du PIB du Royaume. Quant au Brésil, il n'a cessé de voir l'afflux des visiteurs étrangers augmenter depuis les années 1990, faisant de son secteur touristique le 3e produit d'importation dans sa balance commerciale, derrière le soja et le minerai de fer. Enfin - petite coïncidence mais qui en dit long sur une vision commune en la matière - chacun s'est doté d'un plan de développement touristique pour le moins coloré : le Plan Azur marocain, qui a pour objectif d'attirer 10 millions de touristes à l'horizon 2010 ; et le Plan Aquarelle brésilien, pour la promotion du tourisme à l'extérieur.

Qu'attend-t-on pour renouer concrètement les contacts aériens ? C'est, officiellement, en cours. Luiz Inácio Lula da Silva, président de la République brésilienne, devrait prochainement se fendre d'une visite à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, durant laquelle la question sera abordée. Quand ? « A ma connaissance, il n'y a pas encore de date fixée », déclare le consul. Espérons donc que le l'initiative dernièrement prise par la Chambre de Commerce Arabe-Brésil fasse accélérer les discussions entre les deux parties.



Article écrit pour Actuel Maroc - juillet 2009

___

Etat des lieux de la présence arabe en Amérique du Sud

L'AMRIK, L'AUTRE PAYS DU LEVANT



Rien de plus difficile que de chiffrer la présence arabe en Amérique du Sud, les estimations pouvant varier du simple au quadruple dans un même pays. En cause, la singulière capacité des populations orientales à se fondre dans la masse tropicale.

Tout récemment, l'exposition itinérante « Amrik – présence arabe en Amérique du sud », exhibée à Rabat jusqu'au 4 juillet, vint nous rappeler que le monde arabe ne s'arrêtait pas aux rives de l'Atlantique. L'Amérique Latine, cette petite sœur dont l'Afrique porte encore le souvenir sur ses flancs, se révélait peuplée de concitoyens, qui installés au Venezuela, qui au Brésil ou qui en Equateur, et ce depuis des lustres. Depuis la fin du XIXe siècle plus précisément, époque durant laquelle furent initiés les premiers courants migratoires en direction du Nouveau Monde. Pour l'essentiel, il s'agissait de Libanais, de Syriens et de Palestiniens, fuyant les persécutions politiques ou religieuses (la majorité étaient Chrétiens), ou encore la crise économique traversée alors par l'Empire Ottoman.

Plus d'un siècle plus tard, on estime la présence arabe ou d'origine à 15 millions d'individus. Ou à 17. Voire à 25. C'est là le grand souci : émanant d'une mosaïque de régions et de confessions diverses - Juifs marocains, Libanais maronites, Druzes de Syrie... - pour se déverser dans une autre – l'Amérique du Sud - cette présence résiste à tout effort de recensement. D'un pays à l'autre, les fourchettes peuvent être importantes. Le Chili, par exemple, compterait actuellement entre 100 000 et 400 000 ressortissants d'ascendance arabe (dont la plus importante communauté palestinienne de la diaspora). Pour l'Argentine, les chiffres varient entre 2,5 et 3,5 millions, représentant entre 6,5% et 9% de la population totale.

C'est dans des proportions similaires que l'on évalue la situation au Brésil, où la majorité des immigrants proviennent du Liban (ils y seraient deux fois plus nombreux qu'au pays). Sur les quelque 190 millions de ses habitants, le Brésil en abriterait entre 8 et 20 dont les racines s'étendent d'Ankara à Zagora, en passant par Beyrouth, Le Caire ou Damas. L'Etat fédéral regroupe l'immense majorité des arabes du continent, laissant loin derrière les présumés 50 000 Libanais d'Uruguay ou 7 000 Palestiniens du Pérou. Aussi, le manque total de précision quant à ses estimations rend impossible les calculs sur l'ensemble du territoire.

Une extraordinaire capacité d'adaptation

Un autre facteur achève de brouiller définitivement les cartes sud-américaines : la singulière assimilation de ces expatriés. Certains, dès la première génération, semblent déjà avoir coupé le cordon ombilical avec la mère patrie. « Je suis Brésilien, je suis marié avec une Brésilienne, j'aurai des enfants Brésiliens », s'exclame M'Barak Guerfi qui, pourtant, n'a quitté le Maroc que depuis trois ans. « Je n'ai pas cette nostalgie du pays. Ton pays, c'est le pays qui te loge ». Dès lors, on peut imaginer quel peut être le sentiment d'appartenance de ceux dont les familles quittèrent le bled il y a plus de cent ans... La faute aussi à une nation construite sur une pléthore d'ethnies différentes – indiennes, européennes, africaines – et où la différence est devenue la norme. « Le secret du Brésil, c'est que ton identité y disparaît. On voit ça parmi les autres communautés, comme chez les Libanais : ils deviennent Brésiliens, ils oublient qu'ils sont Libanais ».

L'aisance avec laquelle le sang méditerranéen a toujours su se mélanger au tropical est un fait unanimement reconnu. Oswaldo Truzzi, professeur à l'Université de São Carlos (São Paulo), salue « une extraordinaire capacité d'adaptation à la nouvelle terre ». Même constatation de la part de Rosemarie Terán Najas, professeur à l'Université de Quito (Equateur) et spécialiste des questions migratoires : « A la différence d'autres immigrés dans la République andine, les Arabes eurent l'habileté de passer plus ou moins inaperçus. Racialement, culturellement, ils n'étaient pas très différents ». Un jugement qui se répercute donc sur l'ensemble du continent. Et qui vient démontrer que, au-delà des énormes distances, « l'Amrik » est peut-être bien l'autre pays du Levant.



Article écrit pour Actuel Maroc - juillet 2009